Lexique - C - Catalogue raisonné

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Catalogue raisonné
Au XIXe siècle, au début du XXe siècle les experts en tableaux étaient capables d'expertiser les peintures de toutes les époques et de toutes les peintures... Les catalogues de vente de l'époque étaient d'un optimisme... et tout semblait être authentique.
Heureusement, cela à bien changé. Des universitaires, des passionnés, des marchands de tableaux, des héritiers d'artistes ont décidé un jour de consacrer une grande partie de leur temps à étudier et d'en devenir le spécialiste. Ils ont d'abord répertorié tous les tableaux des musées puis, par des annonces, ont demandé aux collectionneurs de leur signaler et de leur présenter les tableaux qu'ils possédaient. En examinant ainsi, en classant, en répertoriant, ils devenaient parfaitement connaisseurs du peintre dont ils assimilaient les défauts, les habitudes, les manies. Ils connaissaient le petit dessin qui se révélait être l'esquisse d'un tableau anonyme. Leur avis devenait indispensable à l'authentification sérieuse d'un tableau. Cette pratique est devenue courante et il est impossible de vendre un tableau de qualité sans qu'il soit mentionné le n° et la page dans lequel il est répertorié dans le catalogue raisonné. Il peut également être précisé qu'il a été présenté à Monsieur X et qu'il sera inclut dans la prochaine édition du catalogue raisonné. Cela veut dire que le tableau était inconnu jusqu'à ce jour et que présenté au spécialiste, celui-ci a confirmé son authenticité.
Il y a de temps en temps, à la fin de ces catalogues, une liste avec des photos des tableaux faux, non reconnus. Ces cataloguistes assistent les Commissaires priseurs ou les experts généralistes. Leur avis est la plupart du temps gratuit, se rémunérant sur la publication du catalogue.
Actuellement, il existe des catalogues raisonnés pour la plupart des artistes connus, parfois jusqu'à trois, quatre, pour certains maîtres (ex :catalogues raisonnés de Barye, Boucher, Chardin, David, Monet, Seurat).
Parmi ces ouvrages, les uns font autorité et les autres sont plus discutables, souvent parce quils sont jugés dépassés. Les premiers ont une influence déterminante sur le marché de l'art et les décisions judiciaires ne manquent presque jamais de reconnaître leur importance. En contrepartie, la responsabilité de leurs auteurs peut être retenue lorsque ceux-ci ont commis une faute.
Lorsqu'un tableau, présenté en vente publique aux enchères, ne se trouve pas dans le catalogue raisonné de l'artiste qui est considéré comme le livre de référence, et qu'il ne peut être inclus dans le supplément en préparation, il devient difficilement vendable. Les acheteurs n'hésitent pas à s'adresser à la justice, quand les oeuvres qu'ils ont achetées, ne peuvent pas figurer dans les catalogues raisonnés. Il arrive ainsi que, après le refus de l'auteur d'un catalogue raisonné d'inclure une peinture dans son ouvrage, le propriétaire de celle-ci engage une action en justice contre celui qui la lui a vendue. Pour exemple, M. X avait fait l'acquisition, dans une vente parisienne, d'un tableau d'Adolphe Monticelli. Après la vente, l'expert Sauveur Stammegna, spécialiste reconnu de l'oeuvre de Monticelli, refusa de faire figurer le tableau dans le Tome III de l'oeuvre raisonnée du peintre, préparé par lui. L'acheteur demanda donc l'annulation de la vente (TGI Paris, 1er ch., 18 janvier 1989, Journ. Des C-P.1989, p.57, note Geoffroy Gaultier).
La présence, ou l'absence d'une oeuvre dans le catalogue raisonné est presque toujours prise en compte par les juges lorsqu'il s'agit de décider de l'authenticité d'un tableau ou d'une sculpture, et par la même occasion de la responsabilité éventuelle de l'expert qui a garanti cette authenticité.
L'auteur d'un catalogue raisonné peut voir sa responsabilité mise en cause, soit parce qu'il refuse d'inclure une peinture dans son ouvrage, soit qu'il la mentionne parmi les oeuvres douteuses, soit encore parce qu'il l'inclut comme authentique alors que l'oeuvre se révèle fausse. Néanmoins, l'acheteur ou le vendeur, qui se retourne contre l'auteur d'un cataogue raisonné, a peu de chances d'obtenir gain de cause en l'état actuel de la jurisprudence. En effet, l'opinion des cataloguistes n'est pas assimilée à une garantie formelle d'authenticité (TGI Paris, 21 avril 1976, Journ. des C-P.1978, p.110). Le mécontentement des propriétaires des oeuvres qui ne figurent dans les catalogues raisonnés qu'à titre de faux, a peu de chance d'être pris en considération par les juges. Mais, il semble en revanche d'après une décision récente, que le propriétaire d'une oeuvre reconnue par des professionnels du marché de l'art comme authentique, puisse obtenir de la justice une décision obligeant l'auteur du catalogue raisonné à inclure cette oeuvre dans l'ouvrage en question. (TGI Paris, 1er ch., 16 septembre 1999, RG n°10459/98, Duménil c/Pétridès, Finkel, Tajan, Wildenstein Institute, inédit).