Lexique - E - Enluminure

A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z

Enluminure
Terme qui désigne à la fois le décor des manuscrits anciens et l'art de le créer. Connu des Romains, l'art de l'enluminure fut cependant, pour ainsi dire, perdu en occident jusqu'à l'époque de Charlemagne et survécu entre autre grâce à Théodore Ier le Grand, qui créa à Byzance la première école de calligraphes enlumineurs, formée en vue de copier les livres et de les orner. Au VIIe siècle, Théodore de Tarse, archevêque de Canterbury, contribua à développer cet art en Angleterre et Irlande, pays d'où viennent les premiers manuscrits enluminés d'Occident, célèbres pour la vivacité de leurs couleurs et la qualité de leur mise en page. Vers l'an 781, Charlemagne fonde avec le moine Alcuim, célèbre enlumineur originaire d'York, des écoles à Metz, à Aix la Chapelle, à Reims, à Saint Gall et à Tours. Dans le monde chrétien, l'enluminure est à la fois au service de l'Église et son émanation. Les artistes sont en effet fréquemment issus des ateliers monastiques, où le travail est le plus souvent divisé entre le copiste et l'enlumineur. Puis la calligraphie et l'enluminure cessent progressivement d'être l'apanage des religieux et sont pratiquées également par des ateliers laïques. La lecture gagne les couches cultivées, entraînant la publication d'oeuvres à caractère profane. Ce développement impose aux artistes de se renouveler et de puiser de nouveaux thèmes d'inspiration : ils les trouveront essentiellement dans la nature, mais aussi dans les représentations humaines (personnages en costume de l'époque, scènes de la vie quotidienne...). La France devient alors l'un des centres les plus importants de l'art de l'enluminure. Le style gothique est directement influencé par l'architecture, en particulier par l'art du vitrail. Au XIVe siècle et au début du XVe siècle apparaissent les signatures d'enlumineurs célèbres : Maître Honoré, Jean Pucelle, André Beauneveu, Jacquemart de Hesdin, Simon Marmiton, les frères de Limbourg, Jean Fouquer, Barthélemy d'Eyck... Néanmoins, un certain nombre d'oeuvres majeures restent encore anonymes.
À l'aube de la Renaissance, de grands artistes appliquent leur talent à l'enluminure de manuscrits ; on attribue ainsi à Jan Van Eyck la paternité des Heures de Milan-Turin (1422-1424 ', Turin, Museo civilo). Après le coup fatal porté aux manuscrits par l'imprimerie, l'enluminure décline rapidement. Au XVIe siècle, l'Italien Giulio Clovio (1498-1578) est un des derniers enlumineurs.
Le décor des manuscrits se divise en trois types principaux : les compositions purement ornementales (cartouches, bandeaux, frontispices, entrelacs et figures géométriques), les scènes figurées qui illus-trent le texte qu'elles accompagnent, et enfin les lettrines, c'est à dire les initiales du texte, soulignées de rouge et rehaussées de couleurs vives, ornées de décor plus ou moins élaborés et complexes.
Les dimensions de ces décors varient, et les scènes d'illustration sont soit de la taille d'une vignette, peinte à côté de la majuscule qui entame le paragraphe, soit ont la place de la marge, soit encore recouvrant la place du folio.
Un record a été atteint chez Sotheby's en 1983 avec un manuscrit du XIIe siècle, les Evangiles d'Henri le Lion, vendu pour 14 850 000 euros. En France, un psautier exécuté vers 1200 a été adjugé 1 190 000 euros à Avranches, en 1986 (un des plus hauts prix jamais obtenu dans une vente de province).