Lexique - P - Pastel

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Pastel
Sorte de crayon de couleur fait d'une pâte pigmentée, déterminant une technique particulière de dessin.
Le caractère velouté et lumineux du pastel, joint à une certaine rapidité d'exécution, lui permet de rivaliser avec la peinture à l'huile, surtout dans l'art du portrait.
D'un rendu très varié, il autorise toute la gamme des valeurs par le jeu des hachures, de l'estompe ou de la superposition des couleurs. Il est une manière de
" colorier à sec ", selon l'expression de Léonard de Vinci, dont l'usage lui est révélé par le Français Jean Perréal en 1499.
Le XIIIe siècle est l'âge d'or du pastel, l'âge où son destin devient lié à celui du portrait au point de lui être synonyme.
Une jeune Vénitienne, amie d'Antoine Watteau, Rosalba Carriera (1675-1757), contribuera à son succès par la délicatesse de sa touche (Antoine Watteau, 1721, Trévise, Museo Civico). Désir de vérité psycho-logique, goût d'une certaine hardiesse dans l'expres-sion se conjugueront pour faire du pastel, qui restitue si bien le velours ou la soie d'un habit, le médium d'élection d'une société ambitieuse et raffinée. Par la puissance aiguë de sa vision et par ses qualités de dessinateur, Quentin de La Tour porte les ressources du pastel à leur point de perfection (Portrait du Maréchal de Saxe, Paris, musée du Louvre). Les rares pastels intimistes de Jean-Baptiste Chardin sont ses propres portraits (Autoportrait, dit Portrait de Chardin aux besicles, 1771, Paris, musée du Louvre) et ceux de son épouse. Dans un genre plus solennel, le pastel sera abondamment pratiqué par François Boucher, Jean-Baptiste Perronneau, Jean-Marc Nattier Jean-Etienne Liotard, Adélaïde Labille-Guiard et tant d'autres.
La Révolution et son idéal de sévérité entraîne un rejet du pastel, comme d'ailleurs de la sanguine, compromis aux yeux des contemporains par leur rapport avec l'art de l'Ancien Régime. À l'exemple de Jacques Louis David, on préfère le langage plus sobre de la pierre noire, de la plume ou de la mine de plomb.
Cependant, la renaissance du genre s'amorce au XIXe siècle. Son usage cesse de coïncider avec l'art du portrait. Eugène Delacroix et Jean-François Millet réussissent cette réhabilitation. Le pastel est aussi en faveur chez les impressionnistes à la recherche d'effets de lumière : Camille Pissarro, Alfred Sisley, Édouard Manet (Le Tub, 1878), Claude Monet, Auguste Renoir en font un large usage, tout comme les symbolistes avec Odilon Redon, qui parvient, dans des gammes phosphorescentes, à transcrire son intuition du mystère (Le Char d'Apollon, 1905-1914, Paris, musée d'Orsay). Mais celui qui fera du pastel l'usage le plus révolutionnaire est Edgar Degas qui associe différentes techniques dans sa Danseuse au bouquet (v. 1878, Paris, musée d'Orsay). À la fin du siècle, de jeunes indépendants regroupés sous le nom de nabis perpétueront l'usage du pastel. Ker Xavier Roussel ressuscite, sous les cyprès méditerranéens, les épisodes mythologiques. Edouard Vuillard avec quelques touches assourdies, fixe la silencieuse vie familiale. Pierre Bonnard poursuit le nu féminin dans le prisme d'une lumière décomposée.
Pur ou mélangé à d'autres techniques, d'autres médiums, le pastel est exploité dans tous ses états par les artistes de ce siècle (Pablo Picasso, Hans Hartung, Aurélie Nemours, etc.), riche en expériences originales.
Certains, comme Sam Szafran, lui consacreront l'essentiel de leur 'uvre.